Tim Burton : ma vie, son oeuvre

Je voudrais vous parler de quelqu’un qui compte énormément dans ma vie et qui a, en grande partie, fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Vous le connaissez tous, peut être plus ou moins bien, mais je voulais vous raconter ma version de l’histoire. Il s’agit évidemment de Tim Burton.

Tim Burton : ma vie, son oeuvre 

La première fois

La première fois, je l’ai rencontré sans le savoir. J’étais tombée sur une bande annonce intrigante sur une de mes VHS, celle de James et la pêche géante. Je l’ai vu ensuite chez un ami et j’ai adoré ce film. J’ai toujours été attirée par les univers imaginaires. Je crois qu’en fait je n’ai jamais voulu vivre dans le monde réel. Petite, j’inquiétais même mes parents parce que jusque très tard, je parlais à des gens qui n’existaient pas (#PsychoseBonsoir). Je pense que c’est la première chose qui m’a rapproché de lui. Pas étonnant donc, que je craque pour ce film étrange d’Henry Selick dont il est le producteur (avec Denise Di Novi). A cette époque, j’avais 6 ans.

Tim Burton
A la mort de ses parents James tombe sous la coupe de ses tantes, Eponge et Piquette, deux abominables mégères qui le reduisent en esclavage. Un soir, un mystérieux personnage lui offre un sac rempli de langues de crocodile phosphorescentes aux vertus magiques… Ca donne envie non ?!
Tim Burton
L’affiche du film, sorti en 1996, titre original : « James and the Giant Peach »

Halloween et l’automne : ma période préférée de l’année depuis toujours

Plus tard dans mon enfance, Halloween a pris beaucoup de place et beaucoup d’importance. Sans trop savoir pourquoi, j’attendais presque plus cette fête que Noël. Tout dans cette époque de l’année me réconforte. Les couleurs automnales avec les feuilles qui tombent des arbres, cet aspect un peu flouté, brumeux que prend la lumière, les jours qui raccourcissent, les températures plus fraîches et toutes les odeurs…  Et bien sur l’attente interminable jusqu’au 31 octobre.

Chaque année, ma mère m’autorisait à retourner littéralement la maison pour la décorer. On consacrait une après midi entière à vider des potirons et à peindre des coloquintes. Puis nous mettions notre traditionnelle citrouille, allumée, sur le rebord de la fenêtre pour qu’elle brille dans la nuit. La confection du costume aussi était un moment important. Pour moi qui ai toujours été une sorcière (et j’y crois encore un peu aujourd’hui), c’était le seul jour de l’année où je pouvais me promener toute la journée et en public dans mon véritable apparat !!!

Halloween a longtemps été soir de fête chez nous. Et puis, un 31 pluvieux où je me suis vu privée d’aller racoler des sucreries à mes voisins en hurlant « DES BONBONS OU UN SOOOOOOORT ?! », ils ont diffusé « Beetlejuice » à la télé. J’avais jamais vu un film aussi barré. Mais c’était de loin l’un des films les plus géniaux que j’avais vus à ce stade de ma vie. Dans ce film, Burton raconte que les morts peuvent hanter les vivants, que les fantômes ne sont pas comme on le croit, qu’il suffit de savoir leur parler. Quel inspirant personnage que celui de Lydia (Winona Rider). Cette petite photographe gothique intrépide qui ne trouve pas sa place dans le monde où elle vit… C’était mon 8e Halloween, sans doute le plus triste de tous puisque cette année-là, quelques semaines plus tôt, j’avais perdu mon père. J’ai appris à croire aux gentils fantômes. Et à parler au mien. Les morts peuvent réconforter les vivants pas vrai ?

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Tim Burton
Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. Mais leurs classiques fantômes et autres sortilèges ne font aucun effet. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.
Tim Burton
Le film est sorti en décembre 1988 (Avec Geena Davis, Alec Baldwin et Michael Keaton)

 

L’année ou Tim Burton a bouleversé ma vie

En 2004, je découvre réellement qui il est. Je vois passer la bande annonce de son prochain film au cinéma. L’histoire d’un garçon nommé Victor qui, sans le vouloir, épouse un cadavre. Le scénario, les personnages, la musique : c’est terriblement attirant… Mais il va falloir patienter un peu. Alors en attendant la sortie, je m’intéresse à lui de plus près. Je découvre que Beetljuice c’était lui, qu’il a réalisé plein de choses déjà. J’en parle avec ma mère, je lis des articles et nous voilà déjà au mois d’octobre.

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Si j’écris cet article et que je le publie aujourd’hui, c’est parce qu’en ce 19 octobre 2017, ça fait 12 ans que je voue un amour sincère et sans fin à ce type. Douze années, la moitié de ma vie, consacrées à étudier, regarder et me nourrir du grand Tim Burton. Aujourd’hui, il y a 12 ans jour pour jour, j’ai collé mes miches dans un siège de cinéma et, cher Tim, tu as bouleversé ma vie à jamais.

« Les Noces funèbres », que dire à part que ça m’a coupé le souffle ! Je découvre Burton pleinement. Son travail, son univers, son talent. Deep et Bonham-Carter forment un duo formidable, la musique d’Elfman est juste somptueuse et l’histoire est magnifique. C’est à la foi macabre et enfantin. Les personnages sont tous incroyables, attachants et plein de charisme, animés par un stop motion (image par image) grisant. On en prend plein la vue et les oreilles.  Et on est toujours dans cette idée que, si ça s’trouve, la mort c’est vachement plus poilant que la vie ! Il instaure une ambiance sinistre dans ce film, et il utilise des couleurs plutôt passées chez les vivant, tandis que les morts ne font que faire la fête dans un univers aux couleurs bien plus vibrantes.

Ce jour là, j’ai pris une sacrée claque. Au delà de l’émerveillement et de la joie ressentis devant un tel spectacle, j’ai accepté de regarder en face un sujet jusque- là terrifiant pour moi : la mort. J’ai appris que même les choses les plus sombres et les plus effrayantes peuvent être magnifiques. Parce que ça a toujours été (et c’est toujours) son super pouvoir. Il insuffle une poésie délicate à ce qui effraie le commun des mortels, et il rend beau ce que la plus part des gens trouvent laid. Et ça, (parce que malgré mon jeune âge, j’avais déjà vu bien trop d’horreurs dans la vie), je vous jure que quand on a 11 ans, qu’on est un enfant bizarre et qu’on parle à des gens qui n’existent pas, ça aide. Voire ça sauve.

Tim Burton
Victor et Victoria
Tim Burton
Au XIXe siècle, dans un petit village d’Europe de l’est, Victor, un jeune homme, découvre le monde de l’au-delà après avoir épousé, sans le vouloir, le cadavre d’une mystérieuse mariée. Pendant son voyage, sa promise, Victoria l’attend désespérément dans le monde des vivants. Bien que la vie au Royaume des Morts s’avère beaucoup plus colorée et joyeuse que sa véritable existence, Victor apprend que rien au monde, pas même la mort, ne pourra briser son amour pour sa femme.

Les années du bonheur

Ces dix dernières années, je n’ai fait que me nourrir de ses créations en découvrant et en dégustant tout ce que je ne connaissais pas de lui. J’ai passé toutes ces années jusque maintenant à me gaver, littéralement, de son travail. Attendant, les papillons dans le ventre, que sortent ses nouveaux projets.

Le film suivant, c’était « Charlie et la chocolaterie », sorti en 2006. Une adaptation bien personnelle du livre de Roald Dahl, avec un casting déjanté et le record du nombre d’animaux dressés pour une scène de tournage (Les écureuils dans la scène de Véruca). Dans ce film, il nous livre une critique aussi cinglante que cinglée sur la société d’aujourd’hui et tous ces travers. Ce qui tombe à pic, parce que moi j’ai 12 ans cette année là et je commence doucement à avoir mon avis sur les choses (bon, avec les yeux d’une enfant de 12 ans quoi… ) Il questionne le monde qui nous entoure d’une façon si étonnante parfois… Et quel plaisir de retrouver Christopher Lee (dans le rôle du dentiste, le père de Willy Wonka). Après ça je ne l’ai plus lâché. J’ai étudié son parcours, fascinée par chacun de ses dessins, chacune de ses histoires…  Plus qu’une adoration, c’est devenu une sorte d’obsession. Et grâce à lui, cette passion pour l’image a évolué. Je commence doucement à m’intéresser à la photo et au cinéma. Mais j’ignorais à l’époque que, 7 ou 8 ans plus tard, ça régirait totalement ma vie.

Tim Burton
Le film de Burton est un remake de celui de Mel Stuart sorti en 1971 (que je vous invite à regarder aussi !)
Tim Burton
Charlie est un enfant issu d’une famille pauvre. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny, et ne peut s’offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par l’inquiétant Willy Wonka, le propriétaire de la fabrique de chocolat de la ville. Celui qui découvrira l’un des cinq tickets d’or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication gagnera une vie de sucreries.

Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour  voir naître le projet suivant, qui est sans doute celui que j’ai le plus surkiffé dans une salle de cinoche. Je le mets presque au niveau des « Noces funèbres », même si ce n’est pas vraiment comparable parce que les deux univers sont totalement différents. J’ai un souvenir très net de cette séance. C’est le premier Burton que j’ai vu au cinéma avec ma mère ! On était dans une toute petite salle dans le cinéma du Touquet (on y allait souvent parce qu’il n’y avait qu’une seule salle à Berck et la programmation n’était pas toujours au top). Je suis sortie de la salle en hurlant de joie ! C’est brillant ! Le duo Deep – Bonham-Carter (re) fonctionne à merveille. C’est noir, c’est drôle, c’est plein de sang. Lui seul pouvait faire de cette comédie musicale une dinguerie pareille. Avec l’aide de Danny Elfman bien sûr, qui, une fois de plus, a complété et sublimé son travail (la chanson d’ouverture… mais elle est dingue, quoi ! Je vous la colle en dessous, écoutez moi ça à fond les ballons ! ). Et tous ces petits clins d’oeil aux films de la Universal Monster, c’est délicieux. C’est du génie. Il entremêle la vie, la mort et le fantastique avec beauté, grâce et humour. Une recette bien particulière dont lui seul a le secret.

Tim Burton
« At last ! My arm is complete again … »

 

Il y a tous ceux que je n’ai pas pu voir au cinéma… « Pee Wee Big Adventure », les « Batman » (et cette scène incroyable ou Pfeiffer mange un poussin), « Ed Wood » (qui est vraiment génial. On plonge dans les coulisses des films de la Universal Monster ou de la Hammer, le tout avec encore une fois un grain de folie non négligeable, et beaucoup de pull angora), « Sleepy Hollow », « Big Fish »,  « Frankenwinnie » (le long et le court métrage), « Mars Attacks »… Tim Burton

Tim Burton

Tim Burton

Avec les années, j’ai appris beaucoup sur le cinéma, j’y ai travaillé un peu aussi et j’ai acquis un regard beaucoup plus technique. Sans vous faire un article Allociné, je me dois tout de même de vous parler de deux de ses plus gros succès (que je n’ai pas pu voir en salle non plus) qui sont très importants pour moi.

Le premier c’est « L’Etrange Noël de Mr. Jack » réalisé par Henry Selick (oui, rendons à César ce qui est à César. Ce n’est pas juste un Burton. C’est un Burton-Sellick. Tim s’est occupé du scénario, de la création des personnages et a produit le film mais c’est Henry derrière la caméra). Une incroyable animation image par image, tellement chaleureuse qu’elle nous immerge dans ce conte à la fois féérique et horrifique. La musique est excellente, comme toujours et on retrouve vraiment leur signature à tous les deux (même technique que pour « James et la pèche géante »). Il faut savoir que le Stop Motion est une technique très relative dans le sens où on peut créer un film et le tourner entièrement avec un appareil photo (c’est le cas pour les « Noces Funèbres », par exemple) mais c’est une technique vraiment très longue. Et qui demande un travail de titan. On considère qu’une minute de film en Stop Motion c’est une semaine de travail. Il aura fallu 3 ans de tournage pour réaliser l’ »Etrange Noël de Mr. Jack » (qui, soit dit en passant, est le premier long métrage réalisé en Stop Motion et a marqué un vrai tournant dans l’histoire de l’animation). Une prouesse, quand on sait qu’ils ont eu l’Oscar des meilleurs effets visuels…Face à Jurassik Park ! (Dans tes dents, Spielberg ! ). Et puis l’anecdote de la création du film est vraiment la plus mignonne que je connaisse : l’histoire est née d’un poème que Burton a écrit un jour où, en ville, il a vu les vitrines d’un grand magasin passer d’Halloween à Noël. C’est de voir réunis les personnages des deux fêtes dans une même vitrine qui lui a inspiré ce poème qui donnera naissance à « The Nightmare Before Christmas ».

Tim BurtonTim Burton

Et je ne peux évidemment pas faire l’impasse sur « Edward aux mains d’argent ». Pour moi c’est l’un des live action les plus « burtonien » de sa période « vintage ». Il y a tout ce qui le constitue dans ce film. On retrouve cette banlieue colorée idéalisée (qui n’est autre que le reflet de Burbank, celle où il a grandi), ce manoir perdu sur une colline, abritant un savant fou et des inventions et un robot qui sont presque des personnages à part entière. Et bien sûr cette question : et si les machines avaient un coeur ? Et puis, au même titre que « The Nightmare Before Christmas », on a la sensation d’être dans Halloween et Noël en même temps et j’adore le sentiment que procurent ces images. C’est réconfortant, on s’y sent terriblement bien. C’est pour moi aussi l’une des plus romantiques et l’une des plus touchantes histoire de Burton.

Tim Burton Tim Burton

Je m’étais promis d’éviter de transformer cet écrit en vulgaire catalogue de sa carrière. Mais je n’y arrive pas. Tout simplement parce que bons ou moins bons (techniquement parlant, je veux dire) il n’y a pas un seul de ses films que je n’aime pas. Il n’y en a pas un seul qui n’a pas résonné en moi. Tous ont laissé une trace indélébile quelque part dans mon esprit. Et je ne sais pas comment lui  dire merci. Comment le remercier d’avoir rendu ma vie plus supportable dans les moments où j’en avais le plus besoin. Il m’a appris qu’être une personne étrange n’était pas anormal, n’était pas mauvais. J’ai puisé toute ma force de ses personnages, tous plus barrés les uns que les autres.
Moi, cette petite chose que tout effraie même son ombre, bouffée par les angoisses, la noirceur du monde et la peur de mourir. Moi la gamine qu’on a toujours regardée de travers, moi la bizarre, la socière, la particulière… Tu m’as rendu vivante, Tim Burton. Et surtout tu m’as appris à rester intègre (et Dieu sait que ça n’a pas toujours été facile…). Joyeux 12e anniversaire, Tim !

 

La Bise ❤️

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